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Une "insistante demande" m’oblige à livrer cette deuxième partie de "Grand tir malade". Elle fait suite à des questions soulevées dans le forum. Et notamment: pourquoi un attaquant fait une passe de trop alors qu’il devrait de toute évidence tirer? et pourquoi un autre tire mal, ou trop tard, après une hésitation ou une touche de trop, au lieu de frapper vite ou de faire une passe efficace?

L’individualisme et son contraire

On sait ce que c’est qu’une action individualiste. Employer ces termes, c’est déjà émettre une critique. Le porteur du ballon aurait dû le passer mais il a poursuivi seul, alors qu’une transmission s’imposait. Il a dribblé de trop ou choisi le tir, condamnant, du coup, l’action en cours. En d’autres termes, il n’a pas passé le relais. Il s’est accaparé la responsabilité du jeu. Il n’a pas partagé. Il a écarté sciemment l’option collective, pourtant souhaitable et certainement plus efficace. Il s’est mis en avant contre l’intérêt de l’équipe.

On ne saurait, aussi précisément, caractériser une action collectiviste. D’ailleurs, cet adjectif n’est jamais employé dans le monde du football. Le collectivisme, c’est quand une équipe fait le choix du jeu collectif à l’excès, en reportant continuellement la responsabilité sur le coéquipier de service à qui l’on passe la balle, sans assumer individuellement, sans prendre des décisions de rupture, dans un état d’esprit de perpétuel collectif. C’est aussi, lorsqu’un joueur qui doit prendre une décision de rupture (tirer ou dribbler vers le but, par exemple), hésite à le faire parce qu’il est mentalement prisonnier de l’inertie d’un "jeu de passes pour la passe".

Le collectivisme est, aujourd’hui, plus souvent pratiqué et visible que l’individualisme, à cause du conditionnement précoce dû à "l’éducation sportive" et des directives verticales véhiculées avec insistance par certains entraîneurs. Le collectivisme fait difficilement l’objet d’une critique. Et pour cause. Qui accuser? Puisqu’aucun joueur n’est individuellement coupable. Puisque passer le ballon est un signe de générosité et d’esprit d’équipe.

Le collectivisme est rarement remarqué. Il est, souvent, l’inertie d’un état d’esprit, d’une prédisposition psychologique, d’un formatage mental du jeu. C’est pour cela, aussi, que depuis quelques années, l’entraîneur est devenu le fusible de l’équipe. Comme il concentre le pouvoir de la tactique et de la pensée collective, il est visé. Et à juste titre. Parce que le collectivisme des joueurs, leur incapacité à prendre des décisions fraîches et radicales au bon moment, leur peur de l’individualisme, découle de la rigidité des ordres. Le collectivisme des joueurs est, en fait, la face visible de l’individualisme de certains entraîneurs.

Collectif et individuel ne s’opposent pas

Qu’est-ce qu’un but? C’est, généralement, une action collective faite de passes, et qui, à un point donné, connaît une rupture, une prise en charge individuelle, la décision d’un joueur d’assumer sa finition. UN BUT EST DONC UNE COMBINAISON RÉUSSIE DE COLLECTIF ET D’INDIVIDUEL. PLUS, C’EST UNE ACTION COLLECTIVE AU SERVICE DE LA DÉCISION INDIVIDUELLE FINALE. ET ENCORE: L’ACTION DÉCISIVE DU FOOTBALL, LE BUT, LE TIR FINAL, EST D’UNE NATURE INDIVIDUELLE QUI ROMPT AVEC LE COLLECTIF.

Tout en s’inscrivant dans ce schéma, les buts sont des plus divers. Un coup franc magistral est de l’individuel pur. Le but de Cambiasso contre la Serbie est une grande action collective avec. vers la fin, une succession de décisions à valeur individuelle croissante qui préparent l’ultime décision, purement individuelle, le tir. La talonnade de Crespo vers Cambiasso, dans le une-deux, fait déjà basculer pleinement le jeu collectif dans le domaine de l’individuel.

Un but est donc une combinaison-rupture de collectif et d’individuel. Cette continuité-discontinuité ne peut fonctionner en toute beauté et "naturellement", "instinctivement" que si le collectif prépare déjà la rupture, par de petites touches in crescendo d’apports individuels ajoutés dans les passes. Plus il y a d’apport individuel ajouté dans la phase collective de jeu, plus la rupture sera aisée, coulera de source au bon moment, explosera pleinement.

Aussi, lorsque le buteur "rompt" avec le cours collectif du jeu pour assumer seul toute la responsabilité de la finition de l’action, il continue tout de même d’exploiter les "fantômes du collectif". En laissant supposer une passe en retrait pour mieux frapper directement au but, comme Ghiggia. En feignant des passes latérales courtes pour passer en dribblant, comme Maradona.

Des parasites dans le jeu

Le football n’est pas une science, évidemment. Il ne s’agit pas ici, pas plus que dans d’autres textes, de dicter rationnellement ce qu’il faut faire. Ceux qui affirment que le football se joue avant tout, ont TOTALEMENT raison.

Ce dont il s’agit ici c’est de comprendre, non pas ce qu’il faut faire pour bien jouer, MAIS CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE. ET AINSI, ÉVITER DE NUIRE, ÉVITER DE GÉNÉRER DES CONDITIONS MAUVAISES QUI PARASITENT L’ESPRIT DE JEU. Le but est de se sentir au mieux dans son corps, dans son esprit et aussi dans son coeur, afin de libérer son jeu, au-delà de toutes les prévisions.

Si l’individualisme est la maladie infantile du football, le collectivisme est un affection sénile. Si l’un pêche par excès de confiance en un soi solitaire, l’autre le fait par absence de confiance et par extinction d’audace. Et si le tir est malade, parfois et par périodes, dans certaines équipes, si le feeling décisif arrive trop tard, avec mollesse et hésitation, c’est que, pour se débarrasser de l’inertie de la psychologie collectiviste et engager la rupture qui mène au but, il faut du temps. Que ce temps nécessaire est du temps perdu. Que ce temps perdu se mesure en fractions de seconde, mais aussi en perte d’énergie, en perte de force de frappe et en perte d’explosivité. Et que toutes ces pertes-là, cumulées, forcément, ça se paie.

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Tag(s) : #blabla sur foot
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