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 Le football est un sport somptueux dès lors que les deux équipes qui s’opposent poursuivent un objectif commun, le spectacle lié à l’efficacité. Autrement dit une rencontre au cours de laquelle le jeu est au service du résultat, le dribble au service de l’élimination, le mouvement au service du collectif, la feinte au service du déséquilibre... Non, pas le jeu pour le jeu mais le jeu pour la victoire. Aussi, la conception contemporaine du football ne doit pas se restreindre à la neutralisation de l’adversaire mais doit tendre vers l’imposition de son propre style de jeu, offensif de préférence! Mais les grands moments de football offensif sont rares, trop rares! En effet, outre le fait que les entraîneurs sont parfois «frileux», les joueurs affichent souvent un niveau technique moyen. Aussi la frilosité des entraîneurs (en Ligue 1 par exemple) serait en partie le résultat des carences techniques affichées par certains joueurs[1]. En effet, obtenir de la part de son équipe une maîtrise collective, un jeu fait de passes rapides au sol, de mouvement, de feintes, de dribbles, d’esquives... demande aux joueurs de posséder une sensibilité au jeu mais surtout une excellente technique individuelle. La formation du joueur serait donc l’une des principales causes des ambitions de jeu limitées de nombreux entraîneurs?!

Que voit-on depuis quelques années? Les joueurs issus des centres de formation sont des joueurs puissants, rapides, dotés d’une bonne détente mais qui jouent de manière stéréotypée (contrôle/passe, le ballon vient d’un côté/jouer de l’autre côté, passes quasi-exclusives de l’intérieur du pied). De l’aveu même de Jérôme Leroy[2], les jeunes évoluant en centre de formation «sont formatés, ce sont tous les mêmes[3]». Pas d’élimination directe de l’adversaire par le dribble, pas de feintes individuelles ni de feintes collectives, pas de prises de risque et surtout pas de mouvement... De ces limites individuelles et collectives découlent inévitablement une faiblesse dans l’animation du jeu, les joueurs n’ayant pas les moyens techniques de réaliser l’action qui leur permettrait de déséquilibrer l’équipe adverse. Ainsi, J-F Grehaigne souligne que «les choix tactiques (des joueurs) sont forcément dépendants des habiletés sensori-motrices que le joueur à construites (au cours de sa formation) [4]».

A mesure que la formation du joueur s’étale dans le temps, le goût du jeune joueur pour l’attaque semble s’inhiber. Or tous les enfants intégrant une école de football sont portés par l’envie de marquer et de dribler. 90% d’entre eux désirent jouer au poste d’avant-centre afin d’être au plus près des buts adverses... Ce constat démontre bien la volonté innée du jeune footballeur de jouer vers l’avant, de privilégier l’aspect offensif à l’aspect défensif. Ce constat démontre aussi que durant la formation du joueur, l’action des entraîneurs limite la création du joueur, restreint sa liberté et sa spontanéité. L’approche de ses entraîneurs que l’on nomme communément «formateur» est dangereuse pour l’avenir du football. Comme le sous-entend le terme «formateur», les entraîneurs ont tendance à formater les joueurs. Le constat est éloquent, les joueurs jouent tous de la même façon, leur football est prévisible alors que l’essence même de ce sport est le contre-pied, la surprise!

Ma conception de l’entraînement et de la formation est tout autre. Formater les joueurs est une chose, les révéler en est une autre. Cette différence ne se réduit pas à une figure de style orthographique, elle traduit l’opposition entre deux philosophies de formation. Concrètement, la «révélation» du joueur consiste à mettre à la disposition de ce dernier les moyens pédagogiques et techniques d’expression de son talent. Par cette approche, l’entraîneur n’est donc plus un «formateur», le vocable le plus approprié devient celui de «révélateur»! Le «révélateur» doit faire en sorte que le talent à l’état latent du jeune joueur se révèle au grand jour, il accompagne l’évolution du talent du jeune joueur; Ainsi comme l’affirme J-M Guillou, «bien souvent, les gamins, on leur permet juste de devenir ce qu’ils sont déjà[5]».

Quelle est selon vous la meilleure façon de révéler des joueurs? Selon moi, il est indispensable de regrouper les talents. Les meilleurs confrontés quotidiennement aux meilleurs deviendront les meilleurs: c’est l’élitisme. La condition pour que ceci soit réalisable dépend du recrutement effectué en amont. Or on se demande parfois comment et par qui sont supervisés les jeunes joueurs. Un talent se détecte par rapport à des critères de technique, de vision de jeu, de sensibilité au football...et non pas sur une morphologie développée! Actuellement, dans les centres de formation français, le nombre de joueurs est beaucoup trop important et ce ne sont pas toujours les meilleurs qui y sont présents (d’où le taux d’échec important). Il est aussi nécessaire de préciser que les habiletés sensori-motrices se construisent en majorité entre 10 et 15 ans. Or, les centres de formation accueillent les joueurs à partir de 15 ans. Trouvez l’erreur...


Ensuite, la formation du joueur doit se construire autour d’un axe de travail principal: la technique[6]. Mais pas la technique pour le geste, la technique pour la maîtrise du ballon! Et ce n’est pas J-M Guillou qui me contredira: «quand j’entends, il faut gagner les duels, je préfère dire aux gamins, apprenez à dompter le ballon. Courir autour d’un terrain, ça ne sert à rien si ce n’est pas en jonglant avec la balle[7]». De l’aisance technique découlera une meilleure analyse du jeu. Pourquoi? Parce que moins le codage et le traitement des informations nécessaires au contrôle de l’activité sensori-motrice sont coûteux, plus le joueur devient disponible pour traiter les informations issues des déplacements des partenaires et des adversaires[8]. Autrement dit, un joueur qui réalise des gestes techniques de manière instinctive (contrôles, passes, dribbles) possède plus de temps et dispose d’une lucidité plus importante pour analyser le jeu. La technique et l’intelligence de jeu sont donc couplées. Et pour une exploitation optimale, ces deux éléments demandent une même qualité: l’anticipation. L’anticipation repose sur une prise de position rapide et sur une interprétation de signaux, attitudes ou gestes dont le résultat est un gain de temps sur l’adversaire [9]. Aussi, l’anticipation consiste-t-elle à comprendre et voir le jeu avant les autres car le bon joueur «s’ajuste non seulement à ce qu’il voit, mais aussi à ce qu’il prévoit. Il passe la balle non point où se trouve son partenaire, mais au point que celui-ci atteindra dans un instant[10]». L’anticipation est facilitée par la connaissance de ses partenaires et par la création de codes communs de jeu au sein de l’équipe: il est nécessaire de produire des incertitudes chez l’adversaire et des certitudes chez ses partenaires. Et comme dit Reynald Denoueix, «le plaisir c’est de comprendre». Comprendre ses partenaires, comprendre les exercices, comprendre les consignes, comprendre le jeu, comprendre le football...la compréhension conduit au plaisir.

La technique, l’intelligence et l’anticipation sont les ingrédients incontournables pour proposer une qualité de jeu. La notion de «beau jeu» est difficile à définir. On peut toutefois trouver des dénominateurs communs entre la Hollande de 74, le Brésil de 82, le FC Nantes 94/95 ou encore le FC Barcelone 08/09. Toutes ces équipes ont proposé ou proposent un football offensif basé sur la recherche collective du déséquilibre de l’équipe adverse par une circulation rapide du ballon mais aussi grâce à l’utilisation, tout en finesse, de la feinte et du dribble (Cruyff, Zico, Messi). Les joueurs de ces équipes sont toujours en mouvement et deviennent imprévisibles. Ils sont en recherche constante de la passe qui s’effectuera dans le sens contraire des déplacements de l’équipe adverse. Le jeu de ces grandes équipes se situe aux antipodes d’un jeu préprogrammé ou stéréotypé, il se traduit par une harmonie collective qui sollicite l’intelligence. De plus, ces équipes ont compris que «défendre, ce n’est pas subir mais attaquer l’attaque[11]».

La valeur va de paire avec la rareté, aussi les entraîneurs et révélateurs français qui partagent et mettent en place cette philosophie de jeu se comptent sur les doigts d’une seule main! Malheureusement, ces techniciens ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Sinon, pourquoi avoir laissé filer Arsène Wenger au Japon en 1994? Pourquoi Jean-Marc Guillou n’a pas eu l’opportunité d’appliquer ses méthodes en France? Pourquoi Jean-Claude Suaudeau et Reynald Denoueix n’exercent-ils plus depuis plusieurs années? Pourquoi avoir hésité avant de confier une équipe à Laurent Blanc? Il est regrettable que la FFF entretienne un «monolithisme idéologique véhiculé par la caste d’entraîneurs qui, du sommet de la pyramide, contrôle la formation. Une caste qui, par cette emprise idéologique, pérennise son pouvoir et marginalise les quelques contestataires, ces rêveurs qui vivent hors de leur temps, qualifiés tantôt de passéistes, tantôt d’utopistes [12]»...mais que je qualifie personnellement de visionnaire.

Monsieur Eric Besson, ne cherchez plus les raisons de la baisse de compétitivité des clubs professionnels français, ni les causes de la pauvreté du spectacle proposé par la Ligue 1...je pense vous en avoir présenté les principales raisons. «Le succès ce n’est pas l’objectif, c’est la conséquence»

[1] La situation précaire des entraîneurs de Ligue 1, constamment menacés d’être démis de leurs fonctions, peut également expliquer cette frilosité au niveau du jeu. Il ne faut pas non plus omettre le fait que certains entraîneurs sont «frileux» de nature.
[2] Footballeur professionnel du Stade Rennais FC.
[3] Breizh football, janvier 2009.
[4] Grehaigne J-F, l’organisation du jeu en football, éditions Actio, 1992 (p :29).
[5] Quotidien Nice Matin, décembre 2008.
[6] «La technique précisément, c’est de s’adapter aux difficultés, c’est-à-dire à l’adversaire et à la vitesse. Une technique qui ne s’adapte pas est condamnée». Kovacs S., Football total, Calmann-Lévy, 1975 (p: 210).
[7] Quotidien Nice Matin, décembre 2008.
[8] Grehaigne J-F, l’organisation du jeu en football, éditions Actio, 1992 (p: 31).
[9] Mombaerts E., de l’analyse du jeu à la formation du joueur, éditions Actio, 1991 (p: 52).
[10] Grehaigne J-F, l’organisation du jeu en football, éditions Actio, 1992 (p: 25).
[11] Mombaerts E., de l’analyse du jeu à la formation du joueur, éditions Actio, 1991 (p: 86).
[12] TROTEL J-C., Football je t’aime...moi non plus (le football: l’art ou la guerre), l’Harmattan, 2000.

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Tag(s) : #blabla sur foot
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