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Cet article comporte deux parties. La première décrit le but argentin de Cambiasso contre la Serbie. Elle prépare la deuxième partie, qui analyse les différents types de passes, leur sens et décrypte la nature exacte du jeu collectif.

S’il fallait choisir la plus belle séquence de jeu de la dernière Coupe du monde, je prendrais sans hésiter le deuxième but argentin contre la Serbie, concrétisé par Cambiasso à la trentième minute et préparé par la totalité de l’équipe albiceleste. Elle rappelle, en long et en large, la différence qui sépare une passe purement mécanique (sportive) de la passe jouée, à valeur ajoutée, avec une charge transmise et relayée d’intentions intellectuelles.

Anatomie d’un but

L’action dure 55 secondes. Elle se compose de 24 passes plus le tir final de Cambiasso. Le ballon est touché par 8 joueurs argentins. La plupart participent à l’action à plusieurs reprises (avec une moyenne de trois passes par joueur). Sur les 24 passes, 6 sont en retrait (une sur quatre), et 10 seulement franchement vers l’avant. Le tiers des passes se fait en latéral.

Si on shématise graphiquement le déplacement du ballon, son parcours forme des polygones, au début très grands puis de plus en plus serrés et élancés vers l’avant. Durant toute l’action, les joueurs font preuve d’une forte mobilité. Riquelme dès le départ et Cambiasso vers la fin s’emploient à se libérer de tout marquage pour favoriser la construction du mouvement du jeu et l’avènement de la passe.

Il apparaît très vite que, dans un jeu de passes, l’action du joueur qui n’a pas le ballon constitue l’élément décisif.

A travers les différentes phases de l’action, c’est toute l’équipe argentine qui prend le pouvoir sur le terrain, qui s’avance, qui augmente son avantage, qui devient supérieure à l’adversaire par une compréhension grandissante de la situation. L’action se divise en phases de jeu qui sont autant de circuits du ballon et des hommes, de telle façon qu’à chaque fois, la défense serbe se trouve attirée dans des micro-confrontations, obligée d’accélérer des déplacements localisés, effilochant son collectif, perdant sa vue d’ensemble, à chaque fois vaincue, de plus en plus dépourvue.

Vers la fin, l’action se resserre, s’accélère, profite des immenses espaces vides générées. Le degré de décision et d’intention contenu dans les dernières passes augmente considérablement. Il s’agit maintenant de réaliser.

Chaque joueur argentin semble avoir pris la mesure exacte de l’état du jeu et de ses possibilités. Le fruit est mûr. Le futur buteur est resté libre à l’entrée de la surface. Les dernières passes sur les côtés sont des appâts qui confortent la liberté de Cambiasso. Quand celui-ci reçoit le ballon, il a eu pleinement le temps d’imaginer la suite. Il s’est déjà vu avancer vers le but.

L’action, dans sa dynamique des passes, culmine avec ce que l’on peut désigner comme le "jeu de passe parfait", c’est-à-dire le "une-deux", avec, en prime, la talonnade géniale de Crespo et le définition limpide et fulgurante de Cambiasso.

Passe, touche et appel de balle

Remarquons que, contrairement à la vision mécanique de la passe, conseillée et appliquée dans certains circuits sportifs à la mode ou véhiculé à travers une vision trop caricaturale du "toque", sur les 24 passes seulement 4 sont à une touche dont les deux dernières passes de nature décisive. Toutes les autres, c’est-à-dire 5 passes sur 6, sont précédées d’un travail du joueur qui réoriente la balle et le jeu à l’aide d’une ou plusieurs touches sur place, et d’une rotation des appuis. Ce travail permanent de réorientation et de réouverture du jeu, qui ajoute du sens à l’action, est à la base de l’art de la passe.

Signalons, enfin, la nature des appels de balle. L’appel de balle ne se fait pas forcément par un mouvement individuel. Il peut avoir lieu dans le mouvement de "manège" collectif. Il s’agit ici, pour le joueur sans ballon, de se libérer et de se placer en position centrale de manière à attirer à chaque fois, et de toutes parts, le maximum de défenseurs adverses. La clé de ces appels de balle implicites est le positionnement du joueur libre au centre d’un ensemble de défenseurs qui hésitent alors à se précipiter tous pour le marquer parce qu’ils ne sont plus en mesure de décider qui doit s’avancer pour défendre.

Préparation collective et finition individuelle

Le but argentin rappelle celui que la Suède marque au Brésil, par l’intermédiaire de Liedholm, à la quatrième minute, lors de la finale de la Coupe du monde de 1958. Mais le but suédois ne comporte que 7 passes avec deux dribbles à la fin. La trajectoire totale des passes successives est linéaire, toujours vers l’avant. Le cours de l’action est limpide. Les Brésiliens ne touchent pas le ballon et semblent réduits à un état purement fantomatique.

Sur les 7 passes suédoises, 2 seulement sont à une touche de balle. Contrairement au jeu argentin, le joueur suédois attend que le défenseur brésilien soit tout près et seulement alors il précipite la passe. Il évite ainsi le face-à-face et il efface les marquages successifs et impulsifs portés sur un hypothétique dribble.

Alors que le but argentin se fait dans un mouvement progressif et circulaire, vers l’avant et vers l’arrière, le but suédois est linéaire, que vers l’avant, avec des joueurs qui gardent leurs positions tactiques normales. Alors que les passes argentines sont des passes dont les valeurs ajoutées s’accumulent lentement les unes après les autres par tâtonnement, les passes suédoises sont soit des "une-deux" soit des passes dans le vide dont l’efficacité est immédiate.

L’action individuelle finale de Liedholm surprend les défenseurs brésiliens par sa grande classe et sa technicité personnelle. Au moment où ceux-ci se décident enfin à attendre la passe, l’attaquant aligne deux crochets-dribbles successifs avant de battre Gilmar. Un parallèle s’impose avec la talonnade de Crespo qui surprend les derniers bastions serbes en distillant du génie individuel au service absolu du collectif.

(Attention: le meilleur est à suivre!)

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Tag(s) : #blabla sur foot
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