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Eric Cantona, joueur incompris dans son pays, parti chercher fortune et gloire outre-manche, restera un joueur atypique qu’on aime ou qu’on déteste mais pour qui on ne peut rester insensible... Tout au long de sa carrière, il a défrayé les chroniques et déchaîné les passions et tout particulièrement en Angleterre.

CANTONA et la France

 

 

Eric Cantona, marseillais de naissance, fit ses premières gammes de footballeur à l’AJ Auxerre et fut sorti du centre de formation par Guy Roux (c’est la génération Basile et Roger Boli, Pascal Vahirua, Jean-Marc Ferreri, Bruno Martini, Daniel Dutuel, Christophe Cocard, Lionel Charbonnier...). Après un prêt au FC Martigues, il explose à son retour dans l’Yonne et découvre même l’équipe de France d’Henri Michel en 1987. Il se fait également remarquer lors de cette saison pour un tacle assassin les 2 pieds en avant décollés à 1 m du sol sur le nantais Michel Der Zakarian. Suite à cela, il écope de 3mois de suspension notamment après ses déclarations à propos des membres de la commission qu’il traite d’ «idiots»...

 

 

Logiquement, il rejoint en 1988 sa ville natale et l’Olympique de Marseille, le club est en pleine ascension avec à sa tête Bernard Tapie. Mais l’aventure marseillaise ne sera pas longue pour le nouvel espoir du foot français, vexé d’être remplacé par l’entraîneur d’alors, Gérard Gili, lors d’un match amical face au Torpedo de Moscou, il quitte le terrain en jetant derrière lui le maillot du club phocéen... L’OM ne peut pas laisser passer ce geste et le sanctionne pendant un mois puis le prête aux Girondins de Bordeaux pour le reste de la saison.

 

Il est ensuite prêté au Montpellier-Herault SC de Louis Nicollin, un homme de caractère comme il les aime. Il y reste 1 an et offre au club, en compagnie de Laurent Blanc, le seul trophée de son histoire, la Coupe de France en 1990.

 

Il revient ensuite à l’Olympique de Marseille pour 1 an où il remporte son 2ème championnat de France après celui de 1989 mais suite à une grave blessure au genou, il n’arrive pas à s’imposer dans le dispositif du sorcier belge Raymond Goethals et n’occupe pas une grande place dans l’épopée européenne du club.

 

Il part donc ensuite, à la surprise générale, chez le promu du Nîmes Olympique en compagnie, notamment, de Philippe Vercruysse. Cantona se fait alors remarquer une nouvelle fois. Enervé par les décisions arbitrales qu’il juge injuste, il finit lors d’un match aux Costières par jeter le ballon sur le juge de jeu qui sort immédiatement le carton rouge. Le joueur est sévèrement sanctionné, notamment après de nouvelles remarques virulentes. Excédé Cantona surprend tout le monde du football en résiliant son contrat avec le club du Gard et en prenant la décision de prendre sa retraite sportive à l’âge de 25 ans!

 

 

CANTONA et l’Angleterre

 

 

 

Michel Platini, sélectionneur de l’équipe de France, persuade alors Eric Cantona de partir en Angleterre où il pourra trouver un terrain d’expression à son talent. Il part donc finalement à Sheffield Wednesday où il est mis à l’essai par les dirigeants mais ce sont finalement ceux de Leeds Utd qui le font signer. Le résultat est immédiat: 18 ans après son dernier titre, le club du Lancashire est sacré Champion d’Angleterre et Cantona devient la nouvelle idole des hystériques fans anglais. La Cantomania se met en marche notamment après sa déclaration lors de la célébration du titre: «I love you, I don’t know why, but I love you...». En décembre 1992, il rejoint finalement le plus grand club anglais: Manchester United et la Love Story entre le joueur, le club et même le pays débute... Il glane les titres, gagne le cœur des fans, et devient partout en Angleterre «Eric The King».

 

 

Elément majeur du dispositif tactique de Sir Alex Ferguson durant 5 saisons, Eric Cantona a le privilège d’occuper un poste d’électron libre en attaque, une sorte de 9 ½ meneur-attaquant... Ses exploits dans le théâtre des rêves d’Old Trafford lui auront permis de remporter en tout en Angleterre 5 championnats, 4 Charity Shield et 2 FA Cup. Mais il aura surtout marqué le football anglais à jamais. Elu footballeur de l’année 1994 par l’association anglaise des footballeurs professionnels (pour la 1ère fois de l’histoire pour un joueur étranger) puis par les journalistes en 1996, il est en 2001 élu joueur du siècle par les supporteurs de Manchester United. Il réussit cette performance dans un club qui a tout de même connu 3 Ballons d’Or (Dennis Law 1964; Bobby Charlton 1966; George Best 1968) et une multitude de très grands joueurs (Ryan Giggs, Roy Keane, Bryan Robson...). Il est ensuite élu en 2005 Meilleur joueur de l’histoire de la Premier League! De plus, on peut dire que c’est Cantona qui a contribué à ce que Manchester United devienne le club le plus riche au monde, c’est avec son image que s’est développé le merchandising à outrance du côté d’Old Trafford où toutes sortes d’objets sont vendus à l’effigie du King, et où les maillots de Canto se vendent à la pelle...

 

 

Mais l’Angleterre, fanatique de ce personnage mystérieux, fier et au fort caractère aura également connu «Eric The Brat», auteur d’un geste digne des championnats de Kung-Fu sur un pseudo supporteur de Crystal Palace l’insultant, le 25 Janvier 1995. Le lendemain, l’EQUIPE titre «Impardonnable» en une. L’image fait le tour du monde et le mancunien, suspendu 8 mois (en appel après une 1ère sanction de 2 mois de prison ferme), se distinguera une nouvelle fois lorsqu’il donnera pour seul commentaire à sa sanction la mystérieuse phrase: «Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est parce qu’elles pensent que des sardines seront jetées à la mer...». Mais les 8 mois de suspension ne suffisent pas pour arrêter la Cantomania, les anglais lui pardonnent et ce sont 60.000 spectateurs qui entonnent la Marseillaise lors de son retour face à Liverpool! Ses exploits et sa personnalité hors du commun prendront le dessus sur ses déboires et les «Oh Ah Cantona, say Oh Ah Cantona...» retentiront à nouveau dans les travées de Old Trafford.

 

 

A la fin de la saison 96-97, il étonne une nouvelle fois le monde du ballon rond, en annonçant à 30 ans sa retraite, finissant sa carrière au somment...

 

 

CANTONA et l’Equipe de France

 

 

Beaucoup de joueurs parlent de leur équipe nationale comme une histoire d’amour. Pour Eric Cantona et l’équipe de France, on reprendrait plutôt l’air des Rita Mitsouko pour parler d’une histoire d’amour qui finit mal mais qui commence très mal également... Première sélection à l’âge de 21 ans en 1987, appelé par Henri Michel pour une rencontre face à la RFA. Quelques mois plus tard il n’est pas retenu par ce même Henri Michel, vexé, il l’insulte de «sac à merde» et sera suspendu 1 an. Associé ensuite à Jean-Pierre Papin à la pointe de l’attaque des bleus sous l’ère Platini, il ne parviendra jamais à jouer une coupe du monde et passera, comme tous ses coéquipiers, à côté de l’Euro92 suédois, pour lequel ils partaient pourtant parmi les grands favoris. Aimé Jacquet le désigne ensuite capitaine mais sa suspension internationale suite à l’affaire de Crystal Palace l’élimine définitivement de l’équipe de France car pendant ce temps des joueurs comme Zidane ou Djorkaeff ont éclos et se sont installés chez les Bleus. Son absence de la sélection nationale devient très rapidement une incompréhension totale outre-manche...

 

Cantona confiera après sa retraite que quelques jours avant qu’Aimé Jacquet ne donne sa liste des 22 pour l’Euro96, il avait rendez-vous avec lui. Il arriva avec 3H de retard au rendez-vous et le coach des Bleus était parti, il ne saura jamais si c’était pour lui annoncer son retour chez les Bleus ou pour lui expliquer les raisons de son éviction...

 

 

CANTONA et les polémiques

 

 

Eric Cantona a toujours été un joueur de premier choix pour les journalistes et les média qui n’attendaient qu’une chose de la part du génie français, une nouvelle frasque, un nouveau geste imprévisible, une colère face à un dirigeant...

 

 

Eric Cantona a toujours dit clairement ce qu’il pensait de telle ou telle personne ou de tel ou tel sujet. Il déclara notamment à propos de son club formateur, l’AJ Auxerre: «La France ne mérite pas Auxerre, l’Angleterre sans doute, mais pas la France»...

 

 

Le fameux «sac à merde» à l’encontre de Henri Michel restera comme une de ses phrases chocs!

 

 

Lors de l’arrivée de Malcolm Glazer à Manchester, il prit position et s’indigna contre cette prise de pouvoir américaine au même titre que les supporters des Red Devils qui brûlaient des bannières étoilées devant Old Trafford.

 

 

Cantona est entré dans la légende grâce à un tout: une personnalité unique, des phrases chocs, des déboires, des frasques, une posture sur le terrain (torse bombé, col relevé, crâne rasé) et des exploits sur le gazon... Qui ne se souvient pas de ce lob piqué de l’entrée de la surface face à Sunderland qui se loge en lucarne opposé, un des buts de l’année après lequel il reste tout à fait stoïque en regardant les supporters en folie tout autour de lui...

 

 

Cantona sait également surprendre là où on ne l’attend pas comme dans une douche coiffé d’un bonnet rose pour des rasoirs jetables Bic. Les anglais en ont fait leur idole, les marques en ont fait leur coqueluche, à l’image de l’équipementier sportif américain Nike qui l’a quasiment toujours affiché dans ses spots publicitaires même depuis sa retraite (où il joue bien souvent le rôle du patron) y compris dans des spots consacrés à la seleçao brésilienne... et notamment sur une affiche qui avait fait grand bruit en Angleterre sur laquelle on voyait le français devant un drapeau anglais avec la seule mention «1966 fut une grande année pour l’Angleterre, ce fut la naissance d’Éric Cantona», c’était également l’année de la seule victoire des Three Lions lors d’une compétition internationale... On le vit également pour des pubs pour Sharp, Pasino...

 

Cantona fait partie de ces joueurs qui n’ont pas uniquement marqué une époque mais auront marqué le football de leur empreinte au même titre que Di Stefano, Maradona, Crujff, Eusebio... Il est d’ailleurs dans la liste publiée par Pelé des 100 plus grands joueurs de tous les temps (le FIFA 100). Il aura également à jamais son nom accolé au nom de son club de Manchester Utd au même titre que Maradona avec le SSC Napoli, Paolo Maldini avec le Milan AC ou Alessandro Del Piero à la Juventus de Turin...

Incapables de retenir et de comprendre Eric Cantona, les français sont certainement passés à côté du plus beau joyau de la couronne anglaise...

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