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Filippo Inzaghi intensément

Ce soir, l’Europe a sacré, une énième fois, le Milan AC dans une finale qui ne restera pas dans les mémoires comme l’une des plus hautes envolées de ces dernières années, mais plus pour sa pauvreté en matière de jeu. Milan le premier.

Je ne suis pas un fan inconsidéré ni de l’un ni de l’autre. Mais j’avais, un penchant infime pour Milan, pour un homme en fait. Plusieurs, mais un en particulier: Filippo Inzaghi. Je rêvais, secrètement, qu’il offre en personne son septième sacre européen au Milan. A sa maison. A sa famille. J’étais donc devant mon poste pour voir, avant tout, un beau spectacle footballistique (loupé!) et le Milan gagner, surtout, si c’était cet homme qui gravait la victoire.

 

 

 

 

Simplement, avant de revenir à Inzaghi, je souhaite souligner une chose essentielle, que j’avais abordée dans un article précédent, après la victoire du Milan à Munich, et qui m’étonne et me fascine chez ce club et que j’admire, pas seulement quand le Milan va en finale, ou gagne trois matchs d’affilé, comme certains. Le Milan est éternel. Il est un monstre sacré du football. Une institution envers laquelle je voue le plus grand des respects. Encore plus quand ce club possède des gens qui, et cela me fait rire et me fascine le premier, sont des sortes de «grand-père» de ce jeu, qui ont roulé leur bosse depuis des années et des années sur tous les terrains d’Europe, et pour beaucoup, depuis un temps fou au Milan AC.

Mais le Milan est une famille, et c’est pourquoi on se permet de garder des joueurs comme Costacurta, à plus de 40 ans dans son effectif. Parce que ces joueurs-là sont des légendes vivantes pour nombre d’entre eux, des monstres sacrés du football, tels que Maldini ou Seedorf. D’immenses joueurs et personnalités qui, pour moi, imposent le respect. Pour cela que, ce soir, j’avais un petit penchant Milan. Et presque une larme en voyant Maldini, puis Clarence ou Inzaghi soulever cette coupe. Le Milan - le club et ses joueurs - a quelque chose de plus, une certaine dimension, une certaine histoire. Je ne sais pas bien. Mais quelque chose qui fait qu’on regarde ces gens-là en levant les yeux. Avec le plus grand respect. Parce que quelque part, ils ont fait, font et incarne l’histoire. L’histoire de ce sport qu’on aime.

 

 

 

Revenons-en à Inzaghi. J’avais l’intime conviction qu’il serait mis titulaire, et encore plus la certitude que, si tel était le cas, seul lui - si symboliquement que se serait - pourrait donner le titre au Milan. Non pas qu’un autre ne pourrait pas marquer, mais plutôt qu’il était comme écrit qu’il ne pouvait être autrement que ce gars-là plante son but, décisif, en finale de Champions League. Parce que Pippo Inzaghi est un joueur unique. Un immense joueur et attaquant. Un «money player», buteur des grandes occasions, quelqu’un qui fait la différence, aussi et avant tout, dans ces grandes soirées. Dans les moments qui valent le plus, dans les grands rendez-vous des joutes européennes, et les moments les plus cruciaux de ces matchs. Chose qui différencie les vrais buteurs, les vrais marquis, des attaquants à deux sous.

 

Inzaghi n’a rien du plus technique des joueurs. Il a, je l’accorde, une manière possiblement insupportable de fêter ses buts. Ce que j’adore. Des buts, qui plus est, souvent d’une «beauté médiocre», des buts de raccroc tout simplement. Ce que j’adore (et puis n’est-ce pas le job d’un vrai neuf?). Mais on peut ne pas aimer ce genre de joueur (CE joueur, car je trouve qu’il est unique!), mais là encore on est obligé de tirer son chapeau, et de respecter même si l’on n’est pas fan.

 

Personnellement, je le suis donc. Car ce mec-là est unique. Capable de marquer les pires buts de raccroc de par un instinct exceptionnel du but (il n’y a qu’à voir le placement du joueur, et le fait inexplicable qu’il sera 9 fois sur 10 à l’endroit de chute du ballon. Et si ce n’est pas le cas, la seule fois sur 10 où il y sera, il se débrouillera pour marquer). De rien faire, du match et de planter les statistiques: d’avoir, comme ce soir, une occasion pour mettre au final deux buts! De marquer les buts les plus cruciaux, les plus décisifs (les plus récemment mémorables: contre l’Ajax à la 93ème, ou encore contre Lyon à la 88ème).

 

Mais ce gars-là a aussi, et surtout, un cœur énorme. Une foi inébranlable dans ce qu’il fait, et pour le maillot qu’il porte. Un respect et un amour immenses de son sport. Si les tifosi rossoneri le vénèrent c’est aussi pour cela: pour cette combativité unique, cette engagement à 200% (à l’italienne), cette volonté incroyable de toujours vouloir marquer et cette certitude qu’un moment viendra sur 90 minutes où le ballon de Clarence, Pirlo ou Kaka parviendra sur sa tête ou son pied, avant de finir au fond. Si Inzaghi fête ses buts de cette façon - exagérément, intensément, au point de faire 30 mètres à la vitesse d’un athlète de 100 mètres pour aller jusqu’à la fossa, au bord des larmes - c’est qu’il vit encore le football comme une passion.

Qu’il joue chaque soir sa vie, comme un gamin de 12 ans, pour marquer - parce que tel est son destin, son métier, sa passion - pour son peuple, pour les couleurs qu’il porte. Cette joie peut paraître excessive et déranger, mais elle est si naturelle, si adorable qu’on ne peut la trouver fantasque, ou encore débile. Inzaghi fête son but comme chacun d’entre nous, moi en tout cas, le ferait si demain on rentrait sur la pelouse de notre club chérit un soir de Ligue des Champions, pour crucifier le goal adverse et offrir la victoire à tout son peuple. Le football est magique, autant par le spectacle qu’il propose que pour les émotions qu’il procure. Que reste-t-il de magique si les joueurs les premiers de sont plus capables de vivre leur passion à fond?

 

Un soir de «presque retour» à San Siro en 2006, Inzaghi éliminera le Bayern à lui seul (4-1 au retour pour Milan). Marquant deux buts et provocant un pénalty (si mes souvenirs sont bons!). Dans les dernières minutes du match, pour le remercier, et lui offrir l’ovation des tifosi qu’il méritait, Ancelotti le fera sortir. A ce moment là, Inzaghi explosera presque, furieux de sortir avant la fin. Ancelotti en conférence, sourire aux lèvres, expliquera alors une chose qui me frappa. Qu’Inzaghi est comme cela, il a toujours envie de donner plus, de jouer encore et encore tel un pupille ou un poussin. Ce soir là, bien qu’il ait rendu une feuille plus que correcte, cela ne lui suffisait pas, il en voulait encore plus, marquer encore. Et là Ancelotti ajouta: «Vous savez, Inzaghi il est comme çà. Là il va rentrer chez lui, chausser ses baskets, et aller jouer au football dans son jardin».

 

Superpippo construit chaque soir, un peu plus, sa propre légende. Celle d’un buteur d’exception, dans un style et dans une attitude si particuliers. Une personnalité et un caractère hors du commun. Dans lesquels certains pourront se reconnaître, s’identifier. Donc adorer voire vénérer. Ce gars-là a un amour immense de son sport, qui est avant tout sa passion. Rien que pour lui je suis heureux, ce soir, que Milan ait gagné cette Champions League. Avec une larme à l’œil pour ce bonhomme...
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